Leur histoire, leur raison d’être et leurs valeurs

Les katas ou formes sont des suites de techniques pré-arrangées, codifiées; on les appelle des formes. Certains katas sont composés de techniques que l’on retrouve dans le judo moderne alors que d’autres sont issus de l’ancêtre du judo, soit le jujutsu et les nombreuses branches qui le composaient. Les katas peuvent être pratiqués à tout âge et en tout temps.

Les katas sont divisés en deux groupes. Le premier est généralement appelé le groupe des  randori no kata. On y retrouve le nage no kata (projection), le katame no kata (contrôle) et le gonosen no kata (contre prise sur attaque engagée).

Le gonosen no kata n’est pas un kata du Kodokan, mais de l’école Kyoto. Il sert de base aux kaeshi waza (contres) et s’insère bien dans la catégorie des randori no kata. Il est fort populaire en Europe, où il a été introduit par les premiers maîtres japonais. Il faut noter que ce kata est, hélas, peu ou pas enseigné de nos jours au Canada. L’ensemble de ces trois katas est relié directement au judo moderne et en représente les grands principes. Il faut toutefois regretter l’absence de techniques arrière dans le cas du nage no kata ainsi que le fait que le katamé no kata ne soit exécuté que du coté droit.

Le deuxième groupe est composé de katas issus ou inspirés du jujutsu et de ses composantes. Ces katas furent créés par maître Jikoro Kano et ses premiers disciples. Il faut se souvenir que plusieurs d’entre eux étaient des jujutskas expérimentés, convertis en judokas et fidèles disciples de maître Kano.

Voici les principaux katas créés à l’époque: le kime no kata qui fut adapté pour les judokas, mais inspiré des techniques du Daitoryu Aikijutsu, une des plus anciennes écoles, située au nord du Japon. Ce kata se veut un kata de techniques de défense; il comprend une partie à genoux, illustrant bien la vie traditionnelle japonaise et une partie debout. Il se pratique en général avec un katana et un tanto; cependant, il est permis d’utiliser un bokken à la place du katana.

Puis le juno kata, qui fut crée en 1887 par maître Kano dans le but d’apporter un élément de souplesse et de relaxation aux pratiquants. Aujourd’hui pratiqué par une majorité de judokas féminins, ce kata a été conçu par des hommes. Il ne comprend aucune chute, ni saisie du judogi, et peut donc être pratiqué n’importe où; il donne de bons résultats sur le plan de l’équilibre physiologique.

Le kodokan goshin jutsu est le plus récent kata créé par les experts du Kodokan, dont maître Kotani et maître Tomiki, qui était également un spécialiste de l’aikijutsu; c’est pourquoi la presque totalité des techniques qui le composent sont des techniques d’aikijutsu. Ce kata s’exécute entièrement debout et comprend des attaques sur saisies, coups de pied et de poing ainsi que les attaques avec couteau, bâton ou revolver. C’est un kata très dynamique qui peut être une excellente base d’un programme d’autodéfense.

Deux autres katas ont été créés pour la section féminine du Kodokan, soit le kime shiki qui est une adaptation du kime no kata, et le goshin ho qui lui est une adaptation du kodokan goshin jutsu.

Ces katas sont généralement précédés par une étude des déplacements du corps, tai sabaki, ainsi que du tendo kurenshu. Il s’agit des atémis de base, au nombre de 16, qui se pratiquent selon un ordre défini, ce qui leur donne l’apparence d’un kata. Le tendo kurenshu n’est cependant pas considéré comme un kata, mais il entre dans la préparation qui précède la pratique des katas pré-cités.

Le koshiki no kata est un kata qui est issu de l’école Kito, une très ancienne école de jujutsu dont maître Kano détenait un diplôme. C’était son kata favori. Ce kata se présente généralement en armure de samourai; il est réservé aux hauts gradés et est très peu pratiqué à l’extérieur du Japon.

Apprendre un kata est une chose relativement facile, mais connaître un kata n’est que la première étape. Le but ultime est de le découvrir, de le comprendre ou d’en saisir la raison d’être, le message qu’il véhicule. Il faut d’abord l’assimiler puis le sentir, le vivre. Tous les katas débutent et se terminent par un salut, quelque fois différent d’un kata à l’autre, mais ces saluts doivent être faits avec sincérité; bâcler ce rituel est un manque de respect envers notre discipline. Les saluts ne doivent pas être une imitation, une copie, mais ils doivent exprimer sincèrement le respect que nous portons à notre partenaire ou aux personnes à qui nous présentons le kata.

Un kata n’est ni une base, ni un judo supérieur; c’est tout cela et même plus. Les katas ne sont que des éléments complémentaires au judo, tout en étant une partie intégrante de celui-ci et tout particulièrement les katas du groupe randori no kata.

L’exécution d’un kata ne doit jamais être faite mécaniquement, sans âme. Il ne doit pas être démonstratif, mais simplement vivant, logique, tout en démontrant des principes qui régissent le judo afin que la pratique soit bénéfique et contribue à une certaine évolution et compréhension du judo.

L’esthétique d’un kata doit être le reflet de la sincérité, de la maîtrise de techniques spécifiques et d’une parfaite communion d’esprit des deux partenaires. Les katas n’ont jamais été créés pour les divers examens de grades, mais ils sont à la disposition de ceux qui désirent élargir leurs connaissances dans la vastre sphère du budo et tout particulièrement en judo, afin de perpétuer les richesses de notre discipline.

Les élements ci-dessous sont les points particuliers qui permettent d’évaluer la qualité d’un kata:

– le shisei  (l’attitude)
– le zanshin (la concentration, l’expression)
– le kimé (la décision)
– les tai sabaki  (les déplacements)
– les kuzushi (les déséquilibres)
– le calme dans la décision
– le contrôle des actions
– l’équilibre personnel
– le contrôle respiratoire
– la compréhension du principe action-réaction
– l’application pratique des principes biomécaniques reliés aux techniques
– l’aisance dans les divers kumi kata (saisies)
– la maîtrise des chutes
– la maîtrise des atémis (coups)
– l’habileté dans la manipulation des armes, comme le bokken ou le bokuto, le jo, le revolver, le tanto et finalement le katana

Je peux conclure en disant que la pratique des katas est une source intarissable pour ceux qui cherchent le perfectionnement dans la compréhension du judo et de ses origines.

Raymond Damblant 9e dan